
Pourquoi les tests restent indispensables dans l’enseignement supérieur et la formation professionnelle
Faut-il encore évaluer par des tests ? Découvrez pourquoi ils restent indispensables pour identifier les compétences, personnaliser les formations et favoriser la réussite.
Dans un éditorial publié le 6 juillet 2026, le New York Times revient sur la décision de l’Université de Californie de ne plus prendre en compte les résultats aux tests standardisés SAT et ACT. Selon l’article, cette politique dite test-blind aurait contribué à l’admission d’un nombre croissant d’étudiants insuffisamment préparés, tout en empêchant l’université d’identifier certains candidats à fort potentiel, notamment parmi les populations défavorisées.
Cette analyse porte sur l’admission à l’université américaine, mais ses enseignements dépassent largement ce cadre. Ils éclairent la fonction essentielle des tests dans l’ensemble des parcours d’apprentissage, depuis l’enseignement supérieur jusqu’à la formation professionnelle.
L'article d'origine peut être consulté en cliquant ici.
Tester, ce n’est pas réduire une personne à une note
Un test ne mesure jamais la totalité d’un individu. Il ne prétend pas évaluer à lui seul la créativité, la motivation, le leadership, la persévérance ou l’expérience acquise. L’article le reconnaît explicitement à propos du SAT et de l’ACT.
Mais cette limite ne rend pas le test inutile. Elle définit simplement son rôle : mesurer, de manière structurée, un ensemble précis de connaissances ou de compétences.
Un test bien conçu ne remplace donc pas les autres formes d’évaluation. Il les complète. Il apporte une information objectivée qui peut être croisée avec des travaux pratiques, des entretiens, des mises en situation, des observations ou des évaluations par les pairs.
La bonne question n’est pas : « Faut-il tout évaluer par des tests ? » mais plutôt : « Comment prendre de bonnes décisions sans disposer d’aucune mesure fiable des acquis ? »
Une mesure commune permet des décisions plus équitables
L’un des principaux enseignements de l’article est que les critères présentés comme plus humains ou plus ouverts ne sont pas nécessairement plus justes.
Les dossiers scolaires, les lettres de recommandation, les activités extrascolaires ou les essais personnels peuvent dépendre fortement de l’établissement fréquenté, de l’accompagnement familial, de l’accès à des ressources ou de la capacité à valoriser son parcours. Selon l’éditorial, certains de ces éléments peuvent même favoriser davantage les candidats issus de milieux aisés que les tests standardisés.
Un test ne supprime pas les inégalités préexistantes. En revanche, lorsqu’il est correctement construit et replacé dans son contexte, il fournit à tous les candidats un point de comparaison commun.
Dans l’enseignement supérieur, cela peut permettre d’identifier un étudiant dont les résultats scolaires sont difficiles à interpréter, mais dont le niveau réel révèle un fort potentiel.
Dans la formation professionnelle, cela permet notamment :
- D’évaluer les prérequis avant l’entrée en formation,
- D’identifier les compétences déjà maîtrisées,
- D’éviter d’imposer le même parcours à tous,
- D’orienter chaque participant vers les contenus dont il a réellement besoin,
- De rendre les décisions de validation plus cohérentes et plus transparentes.
L’équité ne consiste pas à refuser toute mesure. Elle consiste à utiliser des mesures pertinentes, accessibles et interprétées avec discernement.
Un test révèle les difficultés, il ne les crée pas
L’article du New York Times insiste sur une distinction essentielle : lorsqu’un test fait apparaître des écarts entre différents groupes, cela ne signifie pas nécessairement que le test est à l’origine de ces écarts.
Un instrument de mesure peut révéler une difficulté sans en être la cause. Supprimer l’instrument ne résout pas la difficulté.
L’éditorial utilise une comparaison parlante : cesser de publier le taux de chômage parce qu’il révèle des disparités ne ferait pas disparaître le chômage. De la même manière, écarter les tests parce qu’ils mettent en évidence des lacunes ne réduit pas ces lacunes.
Sans diagnostic, les difficultés risquent d’être découvertes trop tard, au moment de l’échec à un examen, de l’abandon d’une formation ou de l’incapacité à réaliser une tâche professionnelle.
Tester en amont protège la réussite des apprenants
Selon l’article, après l’abandon des tests d’admission, des enseignants de l’Université de Californie ont constaté une forte dégradation de la préparation académique de certains nouveaux étudiants. À l’Université de Californie à San Diego, près de 12 % des étudiants de première année n’étaient plus en mesure de suivre un cours de précalcul, contre 0,5 % en 2020. Des enseignants rapportent également des lacunes importantes en algèbre, en lecture et en expression écrite.
Au-delà de la controverse propre au système universitaire californien, le principe est transposable : placer une personne dans un parcours pour lequel elle ne possède pas les prérequis nécessaires ne constitue pas nécessairement une chance.
Cela peut au contraire produire de la frustration, une perte de confiance et un décrochage sans oublier une surcharge pour les enseignants ou les formateurs et une mobilisation inefficace des budgets de formation.
Un test de positionnement ne sert pas à exclure. Il sert d’abord à déterminer les conditions de la réussite.
Dans la formation professionnelle, il peut conduire à proposer un module préparatoire, un accompagnement individualisé ou un parcours différencié. Le test devient ainsi un outil d’inclusion, parce qu’il permet de donner à chacun le soutien réellement nécessaire.
Mesurer permet de personnaliser les parcours
Sans évaluation initiale, la formation repose souvent sur une hypothèse implicite : tous les participants auraient le même niveau, les mêmes besoins et le même rythme d’apprentissage. Cette hypothèse est rarement vraie.
Les tests de positionnement permettent au contraire de construire des parcours plus pertinents et personnalisés aux besoins de chaque apprenant.
Le test n’est donc pas seulement un outil de sélection ou de certification. C’est aussi un outil de personnalisation.
Dans cette perspective, il contribue à réduire la durée inutilement passée en formation, à améliorer l’engagement des participants et à optimiser l’utilisation des ressources pédagogiques.
Évaluer pendant la formation améliore l’apprentissage
Les tests ne doivent pas intervenir uniquement à la fin d’un parcours.
Utilisés régulièrement, sous forme d’évaluations formatives, ils permettent à l’apprenant de vérifier sa compréhension, de repérer ses erreurs et de consolider ses connaissances. Ils donnent également au formateur des informations concrètes pour adapter son intervention.
Un test peut donc remplir plusieurs fonctions successives :
- Diagnostiquer, avant la formation.
- Faire progresser, pendant l’apprentissage.
- Valider, à la fin du parcours.
- Mesurer la persistance des acquis, quelque temps après.
- Identifier de nouveaux besoins, dans une logique de développement continu des compétences.
Cette continuité est particulièrement importante dans la formation professionnelle, où les compétences évoluent avec les métiers, les technologies, les réglementations et les responsabilités exercées.
Les tests deviennent d’autant plus importants à l’ère de l’intelligence artificielle
L’article souligne également que l’essor de l’intelligence artificielle rend certains éléments des dossiers universitaires, notamment les essais personnels, moins fiables pour apprécier les capacités réelles des candidats. Plus de 700 enseignants en sciences humaines et sociales auraient invoqué cet argument pour demander le rétablissement des tests.
Cette question concerne tout autant la formation professionnelle.
Un texte, un devoir ou un livrable peut désormais être produit ou fortement amélioré par une intelligence artificielle. Il devient donc plus difficile de déduire, à partir du seul résultat remis, ce que la personne comprend ou sait réellement faire.
Cela ne signifie pas qu’il faille interdire l’IA. Mais cela renforce le besoin de dispositifs d’évaluation variés et sécurisés (questions tirées aléatoirement, temps limité, mises en situation, etc.).
Plus les outils d’assistance deviennent puissants, plus les organisations ont besoin de moyens fiables pour distinguer la production obtenue de la compétence effectivement maîtrisée.
La donnée permet d’améliorer les formations
Un dispositif de test ne fournit pas seulement un score individuel. Il produit également des données utiles au pilotage pédagogique.
En analysant les résultats, une université, un organisme de formation ou une entreprise peut déterminer :
- Quelles notions sont mal comprises,
- Quelles questions sont trop faciles, trop difficiles ou ambiguës,
- Quels groupes ont besoin d’un accompagnement particulier,
- Quels contenus de formation sont réellement efficaces,
- Quelles compétences progressent,
- Quels objectifs ne sont pas atteints.
La mesure transforme ainsi l’évaluation en boucle d’amélioration continue.
Sans tests, une organisation peut recueillir des impressions ou des déclarations de satisfaction. Ces informations sont utiles, mais elles ne suffisent pas à démontrer que les connaissances ont été acquises ou que les compétences ont progressé.
La valeur d’un test dépend de sa qualité
Défendre les tests ne signifie pas défendre n’importe quel test. Un dispositif d’évaluation utile doit être aligné sur les objectifs pédagogiques, adapté, régulièrement analysé et amélioré. Il doit être utilisé comme un élément de décision, et non comme une vérité absolue.
Il faut également distinguer les différents usages. Un quiz de mémorisation, un test de positionnement, une évaluation certificative et une mise en situation professionnelle ne répondent pas au même besoin.
La qualité de l’évaluation repose donc autant sur la conception des questions que sur les conditions de passation, l’analyse des résultats et la manière dont ceux-ci sont utilisés.
Des tests utiles à toutes les étapes du parcours de formation
Qu'il s'agisse d'enseignement supérieur ou de formation professionnelle, les tests constituent un outil essentiel pour prendre des décisions éclairées et accompagner efficacement les apprenants.
Tout au long du parcours, ils objectivent l'acquisition des connaissances, mesurent la progression et attestent des compétences réellement maîtrisées. Les résultats des évaluations constituent également un précieux levier de pilotage qui permet d'améliorer la qualité des enseignements et d'accompagner les évolutions professionnelles.
Les tests ne doivent évidemment pas être le seul critère de sélection ou de validation. En revanche, s'en priver revient à renoncer à une information objective qui facilite la prise de décision et favorise la réussite des apprenants.
Enfin, ils permettent de passer d'une logique de temps passé en formation à une logique de compétences démontrées.
Conclusion
L’expérience décrite par le New York Times rappelle qu’une institution peut vouloir améliorer l’équité en supprimant les tests, tout en se privant finalement d’informations essentielles pour identifier les potentiels, anticiper les difficultés et accompagner la réussite.
Un test ne résout pas à lui seul les inégalités, les difficultés scolaires ou les écarts de compétences. Mais sans mesure, il devient beaucoup plus difficile de les comprendre et d’y répondre.
Dans les universités comme dans la formation professionnelle, les tests restent donc indispensables, à condition d’être bien conçus, contextualisés et intégrés à une démarche plus large d’accompagnement.
Évaluer, ce n’est pas seulement attribuer une note. C’est rendre les acquis visibles pour pouvoir agir.













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